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    L´eau, un enjeu géopolitique majeur

    August 9th, 2009

    «Dans un contexte marqué par des pénuries croissantes, une bonne gouvernance est plus que jamais essentielle à la gestion de l’eau. La lutte contre la pauvreté dépend aussi de notre capacité à investir dans cette ressource», a déclaré le Directeur général de l´UNESCO, Koïchiro Matsuura en commentant le nouveau rapport des Nations Unies «Water in a changing world».

    eau, composé chimique presque présent partout dans notre environnement, est essentielle pour les organismes vivants. Le corps humain est ainsi composé à 65 % d’eau pour l’adulte, 75 % pour les nourrissons et 94% chez les embryons de trois (3) jours. L’eau se trouve en général dans son état liquide et possède à la température ambiante(1) des propriétés uniques. Elle possède par exemple la propriété de solvant efficace pour la plupart des corps solides.

    Près de 70 % de la surface de la Terre est recouverte d’eau, essentiellement sous forme d’océans. Cette eau est composée de 97 % d’eau salée et seulement 3 % d’eau douce dans différents réservoirs. Mais l’eau est aussi présente sous forme liquide, gazeuse (vapeur d’eau), et solide (la glace est de l’eau à l’état solide). L´eau est présente dans les zones humides (tourbeuses, marécageuses), dans les mers et océans, dans les lagunes, lacs, étangs, mares, fleuves, rivières, ruisseaux, dans les canaux, réseaux de fossés et ouvrages de drainage pour dessèchement de bas-marais, dans les zones humides ou inondables situées en plaines maritimes sous le niveau des hautes mer ou comme eau interstitielle du sol. La circulation de l’eau au sein des différents compartiments terrestres est décrite par le cycle naturel de l’eau(2), voir graphique ci-dessous.

    En tant que composé essentiel à la vie, l’eau est un produit économique et un élément majeur de l´environnement. Elle a une importance vitale pour l’Homme et constitue un enjeu géopolitique majeur. L´eau est communément acceptée comme source de vie et aussi considérée comme «objet de culte» depuis les origines de l’Homme.

    Le cycle naturel de l´eau
    Le cycle naturel de l’eau (voir schéma ci-contre. Source: United States Geological Survey, 1996) est l’échange continu de l’eau entre l´hydrosphère(3), l´atmosphère, l´eau des sols, l´eau de surface, la nappe phréatique, et les plantes. Ce cycle peut se résumer en trois (3) étapes essentielles:

    l´évaporation
    la condensation
    la précipitation

    » Sous l’action du soleil (de la chaleur), l´eau des océans s´évapore et passe à l´état gazeux (vapeur), plus léger, et s´élève dans l´atmosphère.
    » Au contact de l´air froid dans l´atmosphère, cette vapeur se condense et se transforme en nuages.
    » Les courants d’air entraînent ces nuages vers la Terre. Dans l´atmosphère terrestre les particules de nuage se heurtent, s’amoncellent et retombent sous forme de précipitations liquides (pluie) ou solide (neige, grêle) vers la Terre.

    Les formes, le volume approximatif et la répartition de l´eau sur Terre

    Le volume total d´eau sur terre est d´environ 1.386 milliards de km3 dont environ 97 % est saline. L´eau douce est à plus de 68 % dans la glace et les glaciers. Environ 30 % de l´eau douce se trouve dans le sol. Les sources d´eau douce de surface, comme les rivières et les lacs, totalisent 93100 km3, ce qui représente 0.0067 % de la quantité totale de l’eau sur Terre. Cependant, les rivières et les lacs sont les sources de la plupart de l’eau qui est utilisée par les hommes tous les jours.
    Tableau 1: Formes, volume et répartition de l´eau sur Terre. Source:
    United States Geological Survey, 1996
    ed) … Part d´eau douce 

    Le cycle de l´eau n´a pas de point de départ exact. Mais l´évaporation des eaux océaniques peut être supposée comme point de départ du cycle naturel de l´eau. Le schéma ci-dessous n´est qu´un enregistrement momentané de données sur la répartition de l´eau. Ces chiffres seront sûrement différents des chiffres relevés dans un passé très lointain (en milliers, voir en millions d´années).

    Diagramme: Schéma de la répartition génerale de l´eau sur Terre. Source:   United States Geological Survey, 1996

    L´usage de l´eau

    • Les principaux utilisateurs de l´eau dans le monde: selon le rapport «Water in a changing world», en volume utilisé, les dix principaux pays consommateurs d’eau sont l’Inde (646 km3/an), la Chine (630 km3/an), les États-Unis (479 km3/an), le Pakistan, le Japon, la Thaïlande, l’Indonésie, le Bangladesh, le Mexique et la Fédération de Russie. La consommation nationale est à moins de 0.03 km3/an au Cap-Vert ou en République Centrafricaine.
    • Eau et alimentation
      ► L´eau est indispensable à la production alimentaire. L´agriculture est de loin le premier utilisateur d´eau, absorbant 70 % de la consommation totale.
      ► Les usages industriels et domestiques représentent respectivement 20 % et 10 % de la consommation totale d´eau.
      ► Dans le monde les surfaces irriguées ont doublé et les prélèvements d´eau ont triplé depuis 50 ans. Selon International Water Management Institute dans son rapport «Comprehensive Assessment of Water Management in Agriculture, 2007» si la gestion de l´eau n´est pas sensiblement améliorée dans l´agriculture (récupération, stockage, distribution) la demande mondiale pour ce secteur passera de 70 à 90 % de la consommation totale d´ici 2050.
      ► Selon le rapport des Nations Unies «Water in a changing world», les besoins journaliers en eau dans le monde vont de 2000 à 5000 litres d´eau par personne et par jour. Dans les pays développés 2 à 5 litres d´eau sont bus par personne et par jour.
      800 à 4000 litres d´eau sont nécessaires pour produire un kilo de blé et 2000 à 16000 litres d´eau pour produire la même quantité de viande de bœuf.
      En 2002, chaque suédois et américain du nord (USA) a respectivement consommé 76 kg et 125 kg de viande. En 1985 mangeait en moyenne chaque chinois 20 kg de viande. En 2009, chaque chinois mange plus de 50 kg de viande. La demande de céréales va augmenter en conséquence. Or il faut 1000 litres d´eau pour produire 1 kg de céréales. Cela signifie qu´il faudra 390 km3 d´eau supplémentaires pour couvrir ces nouveaux besoins en Chine.
    • Énergie
      Selon Energy Information Administration (EIA) dans son rapport «World Energy Outlook, 2007», la demande mondiale d’énergie devrait augmenter d´au moins 55% d´ici 2030. Les pays en développement représenteront 74 % (dans lesquels la Chine et l’Inde comptabiliseront à elles seules environ 45 %) de cette augmentation totale. En conséquence, d´énormes demandes d´eau dans ce secteur sont attendues pour les prochaines années. La production d’hydroélectricité, par exemple, connaitra une croissance annuelle moyenne de 1,7 % entre 2004 et 2030, soit une progression globale de plus 60 %.

    L´eau et les maladies

    • L´approvisionnement en eau (consommation humaine, assainissement, production alimentaire, etc.) reste insuffisant dans les pays en développement: plus de 67 % de la population mondiale, soit plus de 5 milliards de personnes n’auront sans doute toujours pas accès à un système d’assainissement décent en 2030 (OCDE, 2008).
    • Aujourd´hui près de 340 millions d´Africains n´ont pas accès à une eau potable salubre et près de 500 millions ne bénéficient d´aucun système d´assainissement décent.
    • 80 % des maladies des pays en développement sont liées à l´eau: elles font chaque année plus d´un (1) million de morts.
    •  Des milliers d´enfants décèdent chaque jour de diarrhée.
    • Beaucoup de maladies dans le monde pourraient être évitées en améliorant l´approvisionnement en eau, l´assainissement, l´hygiène et la gestion des ressources en eau.

    La situation de l´eau en Afrique

    Le continent africain possède plus de 46000 km de cours d´eau fluviale (Europe, 31400 km) et plus de deux (2) millions de km2 de surface de lacs. Ceci constitue d´énormes ressources d´eau renouvelables. Les précipitations se situent entre moins de 10 mm et plus de 1000 mm de hauteur. En somme le continent africain ne soufre pas de manque d´eau. Cependant selon l´organisation mondiale Food and Agriculture Organisation (FAO), en Afrique la consommation annuelle d´eau par habitant varie entre moins de 25 m3 à 500 m3 d´eau. Basées sur ce fait, les Nations Unies dans leur rapport sur la situation mondiale de l´eau «Water in a changing world, 2009» constate clairement: … «While rapid progress has been made in water supply in all regions except Africa…». Et plus loin dans le même rapport (page 102): …«Except for sub-Saharan Africa and Oceania, all regions are on track to meet the Millenium Development Goal drinking water target…». Contrairement à une idée reçue bien ancrée, ce n´est donc pas l´eau « naturelle » qui compte, mais la capacité des sociétés à fabriquer les espaces permettant d´accéder à l´eau potable. Les leaderships africains doivent enfin prendre conscience de cette simple réalité et en conséquence renforcer leurs programmes d´investissements dans le secteur de l´eau.

    L´eau, un enjeu géopolitique majeur

    1. L´eau comme facteur économique vital

    L´eau est certes un facteur de production, nécessaire pour bien mener toute activité économique. Mais dans le sens le plus large du terme, l´eau est patrimoine économique, écologique et social. Voir ci-haut. Les chiffres mentionnés dans le Tableau 2, ci-dessous, sur l´évolution des prix moyens du mètre cube d´eau dans 14 pays ont été publié dans l´étude «2007 – 2008, International Water Report & Cost Survey, July 2008» par le National Utility Service Consulting Group (NUS). Cette étude est basée sur les prix au 1. Juillet 2008 pour une entreprise consommant 10000 cubes d’eau par an. Tous les prix sont exprimés en dollars US par mètre cube, hors Taxe à valeur Ajoutée (TVA). En présence de plusieurs fournisseurs, une moyenne non pondérée des prix disponibles est utilisée comme base. Les écarts en pourcentage sont calculés dans la monnaie locale pour éviter la disparité due aux mouvements des changes. L´étude désignée est quelque peu contestée en Allemagne. Cela n´étonne guère dans la mesure où, en partie, la gestion de l´eau, comme la gestion du pétrole, n´est pas assez transparente au niveau des États. Néanmoins, la consommation totale d´eau par an en Allemagne peut être estimée à 40.6 milliards de mètres cubes. Le mètre cube d´eau coûtant 301 dollar cent (voir Tableau 2, ci-dessous), dans ce pays, cette consommation correspond à une facture de plus de 122 milliards de dollars US. Ceci donne une idée assez précise de l´importance de l´eau dans nos économies modernes.

    Tableau 2: Comparaison du coût de l´eau pour 14 Pays. NUS Consulting Group, International Water Report, 2008 

    2. L´eau comme facteur géopolitique

    La dimension géopolitique de l´eau est due, d´une part, à une répartition inégale des ressources selon les pays et, d´autre part,  au caractère transnational de nombreux cours d´eau. Sa gestion nécessite une coopération au niveau régional mais peut entraîner des tensions entre États voisins dans de nombreuses régions du monde.

    Les principaux facteurs sources de ces tensions sont:

    • la forte pression démographique (en 2050 la population mondiale atteindra 9 milliards 150 millions d´habitants
    • la forte demande de haut niveau et de qualité de vie
    • le changement climatique

    Or, plus de 260 bassins fluviaux sont partagés entre deux (2) ou plusieurs pays.  Les zones de tension géopolitique líées à l´eau sur notre globe, voir graphique ci-dessous.

    Foyers de Tensions et Penuries autour de l´eau. Sources: Nations Unies, PNUD, Sciences Humaines

    Investir dans l´eau

    «Les ressources consacrées à l’eau sont minuscules comparées aux sommes investies dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre ou la crise financière … L’eau devrait être au cœur des politiques agricoles, énergétiques, de santé, d’infrastructures d’éducation … Les gestionnaires de l’eau sont convaincus, mais ce ne sont pas eux qui prennent les décisions. C’est aux chefs d’État et de gouvernement de s’emparer du sujet.» (Olcay Ünver, coordinateur du rapport final du World Water Forum, Istanbul, Mars 2009).

    Quelques faits à l´appui de cette affirmation

    • L´Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que, selon la région et la technologie, chaque dollar US investi dans l’amélioration de l´approvisionnement en eau potable et dans l´assainissement de base produit entre 3 à 34 dollars de bénéfices.
    • L´Afrique utilise seulement 4 % de ses ressources disponibles d´eau. Or de larges couches de la population africaine sont sans accès à l´eau potable et à l´assainissement de base décent, voir ci-haut. 
    • Pour la seule Afrique, les pertes économiques globales causées par l’absence d´accès à l´eau potable et à un système d´assainissement de base décent sont estimées à 28.4 milliards de dollars US par an, soit environ 5 % du Produit Intérieur Brut (PIB) du continent (OMS, 2006).
    • Pour le Moyen-Orient et l´Afrique du Nord, la dégradation de l´environnement provoquée par la pollution et l´usage excessif de l´eau disponible cause une baisse du Produit Intérieur Brut (PIB) d´environ 9 milliards de dollars US, soit 2.1 % à 7.4 %, par an dans cette partie du globe.

    Ces données illustrent à suffisance l´urgence pour l´Afrique à mobiliser des investissements majeurs pour mettre en place et exécuter des programmes d´envergures de construction d´infrastructures performantes d´approvisionnement en eau potable et d´assainissement de base décent. Sans une eau de qualité pour les populations toutes les autres mesures de lutte contre la pauvreté seront vaines. L´eau de qualité est la «santé» d´une société. L´Afrique a ici d´énormes opportunités en activant les investissements majeurs dans le domaine de l´eau pour s´amarrer à l´économie mondiale.

    En tout cas en Chine, les réformes apportées à la gestion de l’eau ont produit des améliorations mesurables en termes de Produit Intérieur Brut (PIB) local. 335 districts ont achevé leur électrification primaire grâce à l’énergie hydroélectrique. Ces districts ont vu leur Produit Intérieur Brut (PIB) doubler par rapport à ceux qui n’ont pas de production d’électricité rurale. Le revenu annuel moyen par agriculteur a progressé de 8,1 % par an, près de 3 % de plus que la moyenne nationale.


    (1) … La température ambiante est la température de l’environnement, c’est-à-dire la température de tout l’univers sauf le corps considéré. La température ambiante est rarement précisée (elle est souvent communément évaluée à 25 °C)
    (2) … Le cycle naturel de l’eau (connu scientifiquement sous le nom de cycle hydrologique) se rapporte à l’échange continu de l’eau entre l’hydrosphère, l’atmosphère, l’eau des sols, l’eau de surface, la nappe phréatique, et les plantes.
    (3) ….
     L’hydrosphère est la partie de la planète occupée par l’eau liquide (océans, mers,
    lacs, fleuves, nappes phréatiques) et solide (calottes polaires, glaciers, banquise). Cette sphère s’étend depuis environ 8 km d’altitude (la cime des montagnes les plus élevées) jusqu’à près de 11 km de profondeur (fosses océaniques).