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    Matières premières agraires: flambée des prix, émeutes de la faim, révolte des peuples

    March 12th, 2011

    D’un coté les spéculateurs et investisseurs sont ravis des caprices des prix des matières premières agraires puisqu’ils y gagnent de l’argent, mais de l’autre côté la détresse des couches de populations vulnérables dans les pays pauvres augmente. Ce fait dangereux pour la stabilité politique et sociale globale peut-il être endigué à court terme ou au contraire les prix du maïs, du blé et du soja continueront dangereusement à grimper.
    En tout cas, ces jours-ci des soulèvements sanglants sont en cours en Algérie, Tunisie, Egypte, Libye, au Burkina Faso, Maroc, etc. Ces révoltes populaires ont aussi leurs raisons dans l’augmentation vertigineuse des prix des denrées alimentaires de première nécessité.

    En effet, le temps est détraqué, ici trop d’eau, là-bas manque d’eau sur la planète. Le blé, le maïs et le soja ne prospèrent guère dans de telles conditions pluviométriques instables. Raison pour laquelle, entre-autres, les prix de ces denrées augmentent vertigineusement. Par exemple le prix du blé américain augmenta de 50 % en 2010 et en Europe les prix des céréales ont même doublé pour la même période.
    Aussi en début 2011, l’accalmie sur les prix des denrées alimentaires n’est pas à constater. En mi-janvier 2011, les prix du blé, maïs et soja avaient culminés au plus haut niveau depuis deux ans et demi. L’annonce surprise du ministère américain de l’Agriculture sur le niveau insuffisant des stocks de réserves des produits agraires (denrées alimentaires et aliments pour animaux) aux Etats-Unis d’Amérique a aussi contribué au déclenchement de cette «furia» des prix de ces produits.

    Offre et demande mondiale des matières premières agraires

    La population mondiale augmentera de 1.1 % par an entre 2009-2019 pour atteindre environ 7 milliards 700 millions d’habitants. La demande mondiale en céréales pour assurer l’alimentation humaine et animale mais aussi pour produire certains biocarburants, devrait alors croitre de 16% à 20 % d’ici à 2020. La FAO et l’OECD dans leur étude commune «OECD-FAO Agricultural Outlook 2010 – 2019», appellent à l’augmentation de la production agricole mondiale à 70 % d’ici 2050. Dans toutes les régions du monde, particulièrement en Chine, Inde et Europe de l’Est, existe la nécessité de satisfaire à la demande grandissante d’alimentation humaine suffisante et en qualité. Les populations de ces régions du monde s’enrichissent et peuvent s’offrir le lux de consommer plus de viande et d’autres aliments plus riches en protéines végétales et animales. Or plus d’élevage d’animaux et de pisciculture conduit à l’augmentation de l’usage des produits agraires primaires, qui sont utilisés comme aliments pour animaux et poissons. Par exemple environ sept (7) kilos de céréales sont nécessaires pour produire un (1) kilo de viande de bœuf.

    En face de cette demande grandissante en matières agraires primaires se trouve une offre de plus en plus inférieure de ces produits sur le marché. Les terres arables dans les grands pays agraires traditionnels (USA, Argentine, Brésil, Australie, etc.) se désertifient. Les instabilités climatiques (sécheresses, inondations à répétition) déprécient sensiblement le volume des récoltes. En Australie seulement, le quart de la récolte de canne à sucre a été détruit par les inondations qui ont frappé ce pays, début 2011. Il est à craindre que le blé australien de cette année ne pourra plus servir que pour nourrir les animaux. Ceci pourrait avoir des conséquences négatives «majeures» dans la filière alimentaire mondiale car l’Australie est quand même le quatrième producteur mondial de blé.

    Cette situation de déséquilibre de l’offre inférieure à la demande forte sur le marché des produits agricoles primaires aiguise naturellement l’appétit des spéculateurs. En effet, les matières premières agraires sont cotées à la bourse comme toutes les matières premières (métaux, pétrole, etc.). La plus grande bourse des céréales «Chicago Board of Trade (CBOT)» se trouve à Chicago (USA). Cette bourse, créée en 1848, est spécialisée dans les marchés du blé, maïs, soja, ect.

    Aussi les faibles niveaux des stocks de réserves mondiaux en produits agricoles primaires combinés aux demandes robustes (voir Tableau 1 et Diagramme 1, Approvisionnement Production + Stocks finaux de Réserves) continueront à provoquer des flambées de prix au moins du blé, du maïs et du soja sur le marché mondial.
    Encore que déjà maintenant les prix des produits agricoles ont atteint un niveau record. En effet l’indice «Cereals Price Index» de la
    FAO a atteint son plus haut niveau en décembre 2010 depuis sa création en 1990 (voir Tableau 2 et Diagramme 2). Il est à noter ici que ce niveau ne prenait pas encore en compte les inondations de Janvier 2011 en Australie.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


    Mais dans un contexte plus large ajoutons aussi que d’autres facteurs majeurs influencent la flambée des prix des produits agricoles. C’est ainsi que la montée des prix des produits agricoles est influencée par l’intégration grandissante du marché des produits agricoles et celui de l’énergie (Diagramme 3, source: 
    FMI). Essentiellement, les prix de l’énergie, qui demeurent au plus haut niveau, renforcent les coûts de production des produits agricoles dont la confection repose sur l’utilisation de l’énergie et les fertilisants. Couplée à cet impact est la demande de plus en plus forte en matière première pour supporter la production de biocarburant.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Production mondiale de Biocarburant: Bioéthanol et Biodiesel

    L’utilisation des  biocarburants représente une part importante de la production mondiale de céréales, de sucre et d’huile végétale. En 2019, environ 13 % de la production mondiale de céréales secondaires (mais, orge, sorgho, mil, etc.) serviront à produire de l’éthanol contre 9 % durant la période de référence 2007 – 2009. 16 % de la production mondiale d’huile végétale serviront à produire du biodiesel contre 9 % durant la période de référence 2007 – 2009.
    La part de canne à sucre utilisée pour produire de l’éthanol au niveau mondial devrait atteindre presque 35% en 2019.

    Les risques troubles sociaux majeurs augmentent dans le monde

    Le dernier rallye dans l’augmentation des prix des denrées alimentaires (les moyennes finales des indices 2009/2010 et 2010/2011 n’étant pas encore disponibles) a eu lieu presque parallèlement à la crise financière et économique mondiale 2007/2008 (voir Tableau 2 et Diagramme 2). Cette situation a été provoquée par la peur d’une pénurie grave de blé dans beaucoup de pays.
    Ainsi, puisque des millions d’êtres humains ne pouvaient plus payer ces prix élevés des denrées alimentaires, des «émeutes de la faim» ont secoué en 2008 l’Egypte, le Maroc, l’Algérie, l’Indonésie, les Philippines, Haïti – où elles ont fait des morts et abouti à la chute du gouvernement-, ainsi que plusieurs pays africains: Nigeria, Cameroun, Côte d’Ivoire, Mozambique, Mauritanie, Sénégal, Burkina Faso… Si l’Afrique est particulièrement vulnérable, c’est parce qu’elle subit la «destruction systématique de ses agricultures vivrières», selon J. Ziegler.
    Une démonstration que la situation décrite ci-haut peut, à tout moment, se répéter a été faite en 2010. En effet, les prix chers du pain provoquèrent alors des troubles sanglants au Mozambique.

    Aussi un nouveau phénomène dangereux apparaît dans les politiques agraires dans certains pays africains comme l’Ethiopie, le Kenya, le Maroc, la Tanzanie, le Soudan, le Congo Brazzaville, etc. C’est celui de céder par contrat de baille d’énormes surfaces de terres fertiles de ces pays à des prix par hectare défiant toute concurrence aux Indiens, Chinois, Israéliens, Saoudiens, Sud Africain, etc. Certains de ces contrats de baille donnent des droits d’exploitation des terres pour 100 ans. Même si l’argument de besoins énormes en investissements dans l’agriculture en Afrique pourrait être utilisé ici, tout autant cette pratique des gouvernants de ces pays africains est incompréhensible vu les conséquences dramatiques pour les économies africaines des contrats mafieux conclus sur les matières (pétrole, café, cacao, métaux précieux, etc.) avec les anciens colons à la veille et aux lendemains des indépendances.

    En tout cas, ces jours-ci des soulèvements sanglants sont en cours en Tunisie, Egypte, Libye, Burkina Faso, etc. Ces révoltes populaires ont certainement  aussi leurs raisons dans l’augmentation vertigineuse des prix des denrées alimentaires de première nécessité

    Pistes de solutions 

    – Les spéculations financières en générales et les spéculations sur les produits agricoles de première nécessité devront être encadrées par une réglementation internationale transparente sous control efficace d’institutions internationales agréées, qui doivent être dotées d’instruments de sanctions en cas de violation de cette réglementation  

     – Les gouvernements africains doivent rénover leurs politiques agraires:

    • en optimisant davantage les rendements céréaliers en tonne/hectare (selon la FAO les rendements céréaliers annuels moyens mondiaux peuvent atteindre les 4 tonnes à l’hectare en 2020 contre 3,5 tonnes/hectare en 2008/2009)
    • en investissant plus massivement dans le «Food Chain Managment» (planification, optimisation des procédés de production agricoles, transformation industrielle, logistique et infrastructures agricoles comme l’irrigation, la mécanisation, les moyens de transport nationaux et régionaux pour écouler facilement les produits agricoles vers les localités dans le besoin)
    • en redoublant de vigilance dans les négociations agricoles et du commerce au sein des groupes Union-Européenne (UE) – Groupe Afrique – Caraïbe – Pacifique (ACP) EU-ACP et avec l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC)
    • en diversifiant les cultures agroalimentaires (améliorer les connaissances cumulées des paysans et sélectionner de nouveaux hybrides plus résistants aux diverses maladies et à la sècheresse)
    • en protégeant davantage par moyen de barrières douanières réciproques et en subventionnant plus vigoureusement les petits agriculteurs pour diminuer l’inondation de leurs marchés par les produits agricoles des pays développés comme ceux de l’Union Européenne
    • en mettant un accent particulier sur la gestion efficace des stocks de réserves de récoltes
    • en accélérant la réduction de la consommation des produits pétroliers
    • en gérant économiquement l’eau dans l’agriculture
    • Etc.

    Remarque

    La flambée des prix des céréales, si douloureuse elle est aujourd’hui, pourrait être une opportunité intéressante pour lancer un nouveau cycle d’investissements agricoles dans le monde et atteindre un niveau de production suffisant pour satisfaire dans les années à venir, à la fois les besoins d’alimentation humaine, la production de biocarburants, vecteur important d’indépendance énergétique, et l’alimentation animale par des céréales et les sous-produits de la production de biocarburants.
    Mais encore faudra-t-il que les consommateurs des pays développés changent de comportement de consommation alimentaire en réduisant substantiellement les gaspillages de la nourriture humaine et animale.